Françoise, fille « naturelle », ou comment passer sa vie sans nom de famille !

J’ai rencontré Françoise en remontant la lignée des Lecomte. Ma grand-mère maternelle, Marie Lecomte, était la fille de Ludovic LECOMTE (Sosa 14) et d’Augustine Françoise LAMBERT (Sosa 15). Les parents de Ludovic étaient Louis LECOMTE (Sosa 28) et Françoise Augustine ARTAULT (Sosa 29) et ce sont les parents de cette dernière qui m’intéressent. Il s’agit de Charles Pierre ARTAULT (Sosa 58), né le 23 août 1816 à Orches, dit « cabaretier » ou « cultivateur et aubergiste » à Orches, et décédé, toujours à Orches, le 15 juillet 1869.

Le 14 mai 1847, il a épousé Françoise (Sosa 59). Il avait 31 ans, et Françoise en avait 39. Elle est dite « cuisinière » sur l’acte de mariage, qui ne mentionne que son prénom et pour cause : c’est une « fille naturelle », autrement dit une enfant trouvée.

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Mention en marge de l’acte de « naissance »

J’ai son acte de naissance, daté du 20 février 1808, à Châtellerault, dont voici la transcription :

Aujourd’hui vingt février mille huit cent huit à cinq heures du soir pardevant moi Jean Claude Dubois maire et officier public de l’état civil est comparu Antoine Perlant (?), pauvre habitué à l’hospice civil de cette ville, lequel m’a présenté un enfant de sexe féminin qui m’a paru naissant, vêtu d’une culotte d’indienne violette, un mouchoir de coton violet, une brassière de vieille (…) verte (…) lange pareil. Lequel enfant ledit Perlant nous a déclaré avoir été exposé à la porte extérieure dudit hospice ce jour à une heure après midi. En conséquence moi officier public ai nommé ledit enfant Françoise et l’ai fait remettre de suite à la directrice dudit hospice. De tout quoi a été rédigé le présent procès verbal que j’ai signé pour ledit comparant m’ayant déclaré ne le savoir de ce enquis.

J’avais essayé d’en savoir un peu plus il y a bien longtemps (1982 !) et le Centre hospitalier Camille-Guérin de Châtellerault m’avait gentiment répondu en me disant que sur le registre des enfants trouvés de cette époque, il était mentionné : « Françoise, Augustine, enfant femelle naissant trouvée d’après procès-verbal d’inscription sur le registre d’état civil de cette ville le 24 février 1808 par J.C. Dubois, maire, confiée à Madeleine POUSSAULT femme de Richard TISSERAUT de Châteauneuf. » Je n’avais pas pu chercher plus loin à l’époque, mais cette semaine, j’ai demandé aux Archives départementales de la Vienne si son dossier avait été conservé. J’attends la réponse…

Sur la plupart des actes d’état civil dont je dispose, elle est mentionnée uniquement par son prénom. Il n’y a que sur l’acte de décès de sa fille, Françoise Augustine Artault, le 21 août 1885, qu’il est mentionné qu’elle est la « fille de feu Artault Charles et de feue Laurent Françoise Augustine ». Ce patronyme est également mentionné dans l’acte de décès de son mari, le 15 juillet 1869, où il est indiqué qu’il est « époux de Françoise dite Augustine Laurent »… J’imagine que vivre sans nom de famille n’était pas toujours bien commode, mais il n’a, à mon avis, rien d’officiel, il semble n’être qu’un nom d’usage ou celui de sa dernière famille d’accueil. Je le saurai peut-être un jour, grâce aux Archives départementales de la Vienne. Ou pas.

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Mention en marge de l’acte de décès

Charles et Françoise ont eu, à ma connaissance, deux enfants : un fils, Charles Pierre, né le 24 mai 1848, et mon aïeule Françoise Augustine, née le 8 février 1850. Françoise avait 42 ans à la naissance de sa fille.

Voilà donc une lignée dont je sais qu’elle ne me mènera nulle part…

 

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2 réflexions sur “Françoise, fille « naturelle », ou comment passer sa vie sans nom de famille !

  1. C’est très étrange, surtout si récemment, en général les enfants « naturels » sont des enfants dont seule la mère est connue (et donc ils prennent le nom de famille de la mère, mais on constate souvent la réprobation générale par le fait que le nom de famille n’est pas indiqué en marge, on note par exemple « Françoise naturelle »), par contre les enfants « trouvés » ou « exposés » sont nommés (prénom + nom de famille) avant d’être confiés.

    C’est la première fois que je vois un cas comme ça.

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  2. Pingback: Henriette et le conseil de famille | La parentèle

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