Louis Maigret, du Poitou à Hawaii

Dans la famille, à défaut d’avoir un commissaire Maigret, nous avons un évêque !

C’est à l’occasion du bicentenaire de sa naissance, en septembre 2004, que j’ai eu accès à des documents très complets fournis par Mme Pearce, de Saint-Pierre-de-Maillé, qui descend également d’une branche Maigret. Je la remercie vivement, ces documents m’ont beaucoup aidée.

Louis MAIGRET (Désiré est son nom de prêtre), né le 14 septembre 1804 à Saint-Pierre-de-Maillé, est un collatéral, frère de mon ascendant René MAIGRET (sosa 39). Il a eu une destinée peu commune pour un « p’tit gars du Poitou », fils de laboureur qui plus est.

Les parents de Louis et René sont Jean MAIGRET (sosa 156) et Catherine TABUTEAU (sosa 157). Jean naît le 24 décembre 1764 à Saint-Pierre-de-Maillé. Catherine naît 3 ans plus tard, le 1er septembre 1767, dans la même paroisse, de François TABUTEAU et Anne BASCHE. Ils se sont mariés le 25 janvier 1785, paroisse Saint-Pierre. Ils avaient donc respectivement 20 et 17 ans.

Jean et Catherine ont eu 9 enfants, tous nés à Saint-Pierre-de-Maillé. Les voici avec ce que je sais sur chacun :

1/ Silvin, né le 10 décembre 1785.

2/ Silvine, née le 10 juin 1787. Elle serait restée célibataire et serait décédée le 1er avril 1848 à La Bussière (86), mais sous réserve car l’acte ne mentionne pas les parents.

3/ Antoine, né le 6 novembre 1789. Il épousera Sylvine DALET et une de leurs filles, Marie, sera religieuse à Tours sous le nom de sœur Zita.

4/ Silvain, né le 10 octobre 1792. En religion, il sera Père Hilaire. Après de brillantes études à Poitiers puis à Paris, il obtiendra une licence en théologie à la Sorbonne. On le dit remarquable dialecticien, il fut « professeur de dogme ». Il meurt à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) le 16 décembre 1851.

5/ René, né le 14 novembre 1795, c’est mon sosa 78. Deux de ses petites-filles seront également religieuses, dont une à Honolulu.

6/ Jean, né le 7 avril 1798. Il épousera Anne POLISSET et aura 5 enfants.

7/ Louis, né le 26 février 1801.

8/ Louis, né le 18 septembre 1804.

9/ Antoine, né le 12 juillet 1807. Il sera également prêtre (Père Bernardin) et finira ses jours à Saint-Servan-sur-Mer (35), âgé de 69 ans. Il était aumônier des Sœurs de la congrégation.

Neuf enfants, dont un évêque et deux prêtres…

Louis Désiré, élevé dans une famille extrêmement pieuse et soutenu par le curé de Saint-Pierre-de-Maillé (André-Hubert FOURNET, également fondateur de la congrégation des Filles de la Croix, voir plus loin), est envoyé à Paris, à la congrégation dite de Picpus (de son vrai nom congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie) où il est ordonné prêtre le 23 septembre 1828, à l’âge de 24 ans. Il est ensuite professeur à Laval, puis il occupera la chaire de philosophie au Grand séminaire de Rouen.

En 1834, la congrégation de Picpus fonde la première mission catholique de Polynésie, et Louis Désiré fait partie du groupe de missionnaires envoyés là-bas. Il passera cinq ans (1835-1840) aux îles Gambier avant d’être envoyé aux îles Hawaii (ou îles Sandwich) où il arrive le 12 mai 1840. Le Saint-Siège le nomme premier vicaire apostolique des îles Sandwich, en 1846. L’année suivante, il est consacré évêque titulaire in partibus* d’Arathia.

J’ai trouvé un document sur la présence française aux îles Hawaii qui mentionne Louis Désiré. Voici ce que dit l’auteur :

« […], Monseigneur Rouchouze vint lui-même accompagner un groupe de trois nouveaux prêtres à Honolulu (15 mai 1840), renforcés en novembre par six autres. Dès la fin de 1840, il y avait plus de deux mille catholiques baptisés dans l’île d’Oahu, et la mission commençait à essaimer dans les autres îles. En août 1843, la cathédrale d’Honolulu était achevée et dédiée à Notre-Dame de la Paix et, en 1846, le père Maigret était nommé vicaire apostolique des îles Sandwich et évêque d’Arathia. Il devait rester le chef de la mission catholique des îles Hawaii pendant plus de trente ans. Comme pour les protestants, le succès de la mission reposa d’abord sur la création d’écoles catholiques et sur la publication de textes scolaires et religieux en langue indigène. C’est en fait essentiellement par la présence des missionnaires français que s’exerça à partir de 1840 une influence directe de la France sur la population de l’archipel. »

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Cathédrale Notre-Dame de la Paix à Honolulu. (https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15800415)

La cathédrale est devenue « basilique mineure » en 2014.

En 1847, Louis Désiré se rend à Santiago du Chili pour être sacré évêque dans la cathédrale (j’avais demandé à des amies vivant à Santiago d’aller à la cathédrale pour prendre des photos et me dire si cette consécration était mentionnée quelque part, sur une plaque ou autre, mais un virus est passé par là et le confinement n’est pas terminé là-bas).

En 1869, il revient en Europe pour assister au concile Vatican (1870), et en août et septembre de la même année, il séjourne dans le Poitou, entre autres à Saint-Pierre-de-Maillé où l’on organise une grande fête en son honneur. À l’occasion de cette visite, son ami l’abbé Philippe Morisson, curé de Beaumont (86), rédige un long texte dithyrambique sur Louis Désiré, qui montre bien l’origine de sa vocation. La famille baignait littéralement dans la religion : « Les cantiques adoptés par choix de Monseigneur [à Hawaii] sont ceux chantés dans la grange des Marsillys, puis à l’église de Saint Pierre de Maillé en ses jours de fête. Souvenir sacré de son père, le respectable [Jean] Maigret qui les lui avait appris au foyer domestique comme à ses frères, tel qu’il les chantait de sa voix magnifique et si pieuse aux messes des nuits de persécution impie, célébrées par le Très Révérend Pasteur du Père André Fournet, dans la célèbre grange des Marsillys et après les jours de terreur, en l’église paroissiale de Saint Pierre de Maillé, purifiée après la cessation de l’orage révolutionnaire, des sacrilèges profanations qui l’avaient maculée. » Je laisse à l’abbé Morisson la responsabilité de ses propos, mais ce passage montre bien la force et le poids de la religion dans cette famille pieuse qui protégeait des prêtres réfractaires.

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Autre illustration de cette foi, un extrait de l’ouvrage « Vie du vénérable serviteur de Dieu le bon père André-Hubert Fournet » par le R.P. Rigaud, publié en 1885. Pour tout savoir sur le père Fournet, béatifié en 1926 et canonisé en 1933, je vous renvoie à la page Wikipédia qui lui est consacrée. Dans le passage ci-dessous, il est question de Jean MAIGRET, le père de Louis Désiré : « Jean Maigret, métayer aux Grands-Marsillys, était un fervent et courageux chrétien. […] À l’époque où l’intrépide pasteur parcourait sa paroisse en proscrit, Maigret l’accompagna souvent comme guide, comme catéchiste et sacristain. En l’absence du Père, c’était lui, le plus souvent, qui présidait, dans les granges, l’assemblée nocturne des fidèles, leur faisait la prière, lisait l’ordinaire de la messe et chantait de sa belle voix les cantiques du Père de Montfort. Il s’acquittait de ces fonctions avec une religion profonde, et une piété qui transfigurait son austère visage. Le sentiment populaire à son endroit s’était formulé par un terme plus expressif que convenable : on le surnommait Deus. Son dévouement au Père André, bien connu des révolutionnaires, lui attira souvent des persécutions qu’il supporta toujours avec une admirable patience. Un jour, des forcenés l’arrêtèrent et lui scièrent brutalement les cheveux avec une faucille, après quoi ils l’accompagnèrent jusqu’à sa maison, en l’accablant de coups et d’invectives. Le bon Maigret se souvint de son Maître marchant au Calvaire, et il endura tout avec une douceur angélique. Arrivé chez lui, toujours escorté de ses misérables insulteurs, il commanda à sa femme de leur donner à manger. Ce fut toute sa vengeance. »

Un saint homme, vous dis-je.

Louis Désiré conservera sa charge jusqu’à sa mort, le 11 juin 1882, à Honolulu. Il est enterré dans la crypte de la cathédrale Notre-Dame de la Paix, sous le maître-autel.

Extrait de la Chronique diocésaine du 16 juillet 1882 annonçant sa mort :

« La Congrégation des Sacrés-Cœurs, dite de Picpus, vient de faire une perte douloureuse dans la personne de Mgr Louis Désiré Maigret, évêque d’Arathie, premier vicaire apostolique des îles Sandwich (Océanie), chanoine d’honneur de la cathédrale de Poitiers. Le vénérable prélat est décédé à Honolulu le 11 juin dernier à l’âge de 78 ans.

Vénéré de ses nombreux chrétiens, qui affectionnaient et respectaient en sa personne un bon pasteur et un vrai chrétien, honoré du gouvernement hawaiien qui l’avait en grande estime, et qui, récemment encore, lui conférait la dignité de grand officier de l’ordre de Kalakaüa, Mgr Maigret emporte les regrets de la population toute (sic) entière. »

September_18_2004_Grave_of_Msgr_Louis_Maigret_in_the_Honolulu_Cathedral

Stèle commémorative dans la cathédrale (https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=34783670)

Dois-je ajouter que la foi intense qui habitait cette famille ne s’est pas transmise à toutes les branches ? Elle s’est même complètement évaporée chez mes ascendants directs. Autant dire que, pour certains cousins, apprendre qu’ils comptaient dans leur ascendance un évêque, missionnaire dans des lieux exotiques qui plus est, la surprise a été assez énorme !

* Je me suis instruite en écrivant cet article. In partibus, c’est un titre accordé à des prélats qui occupent des fonctions pour lesquelles ils sont consacrés évêques, sans avoir de juridiction territoriale sur des diocèses actuels. Le in partibus correspond en réalité à in partibus infidelium, « en pays des infidèles », car on utilise les noms d’anciens diocèses disparus. Inutile donc de chercher où se trouve le diocèse d’Arathia, c’est pratiquement un nom fictif.

 

 

 

4 réflexions sur “Louis Maigret, du Poitou à Hawaii

  1. Ia ora na,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article sur le P. Louis Maigret. Pour compléter vos recherches, déjà très poussées, je peux vous envoyer les deux pages que le P.Hodée consacre à l’installation catholique à Hawaï (P.Hodée. Tahiti 1834-1984. 150 ans de vie chrétienne en Église, chap. 9 Rayonnement catholique dans les archipels). Je vis à Tahiti et suis très intéressée par tout ce qui touche à l’histoire de la Polynésie. Je me permets de vous donner l’adresse de mon blog : https://genealogietahiti.home.blog/
    Cordialement.

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    • Bonjour,
      Je vous remercie de l’intérêt que vous avez porté à cet article. L’histoire de la Polynésie est passionnante, c’est certain. Je veux bien les deux pages dont vous parlez, on n’en sait jamais trop !
      Je m’en vais visiter votre blog.
      Cordialement

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