Henriette et le conseil de famille

Dans la lignée Artault, du village d’Orches (86), dont j’ai déjà un peu parlé à propos de « Françoise, fille naturelle », j’ai poursuivi mes recherches et je suis tombée sur le mariage de ses beaux-parents, c’est-à-dire Charles Pierre ARTAULT (Sosa 116) et Henriette Fleurance ENNEBAULT (Sosa 117). L’orthographe de ce dernier patronyme varie beaucoup selon les époques et les registres, j’ai trouvé ANNEBAULT, ENDEBAULT et quelques autres.

Ce mariage, sans avoir rien d’extraordinaire, a été assez inhabituel, c’est en tout cas le premier que je trouve qui occupe plusieurs pages de registre !

Les deux tourtereaux étaient mineurs, Charles avait 19 ans et Henriette en avait 20, mais surtout, Henriette n’avait plus ni parents ni grands-parents et il a fallu réunir un conseil de famille pour que son tuteur donne son consentement.

Charles a donc 19 ans, il est « garçon sabotier » et le « fils mineur et légitime » de Charles ARTAULT (Sosa 232), lui-même sabotier, et de Marie Jeanne JUMEAUX (Sosa 233), tous deux domiciliés à Orches, dans le bourg.

Henriette, elle, est la fille mineure de Pierre ANDEBAULT (Sosa 234), décédé le 23 août 1807, à Orches, à l’âge de 52 ans, et de Louise GODET (Sosa 235), décédée le 20 septembre 1804, également à Orches. Louise est décédée avant Pierre, qui s’est ensuite remarié, en 1805, avec Vincente Thibault, âgée de 32 ans.

Le mariage de Charles et d’Henriette a été célébré le 4 mai 1815, à Orches, et je note qu’un des témoins est Charles Artault, « oncle à la mode de Bretagne » de l’époux. Si, comme pour moi, ce degré de parenté n’est pas très clair, voici ce qu’en dit Wikipédia : « Un oncle à la mode de Bretagne est le cousin germain du père ou de la mère. »

Du fait de la situation particulière d’Henriette, quelques jours avant le mariage prévu, Joseph Thomas, juge de paix du canton de Lencloître, assisté de son « greffier ordinaire » André Gadreau, a convoqué une « assemblée de famille » pour décider de son sort.

Parmi les personnes convoquées : Charles Artault, sabotier, âgé de 19 ans. C’est le futur époux, mais il y a vraisemblablement un lien de parenté que je dois trouver, sinon, je ne vois pas vraiment la raison de sa présence à ce conseil de famille, sinon pour prouver qu’il « convient » !

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En plus de Vincent Ennebault, cultivateur, qui est le grand-oncle d’Henriette et son tuteur, je trouve aussi Pierre Ennebault, « frère germain de la mineure », cultivateur demeurant à Saint-Christophe, puis François Barré, cultivateur demeurant à Sérigny, « oncle paternel de la dite mineure du (illisible) de Marie Ennebault sa femme », Charles Menanteau, « oncle breton de la mineure », Jean Godet, « aussi oncle maternel de la dite mineure », Pierre Godet, cousin germain de la mineure, Vincent Tibault, « oncle breton de la mineure à cause de sa femme Henriette Simonneau ». Il me reste donc pas mal de fils généalogiques à dénouer pour avoir une image claire de cette famille.

Ensuite, il est déclaré que « les dénommés […] ont été unanimement d’avis de consentir au mariage entre la dite mineure Henriette Ennebault et le dit Charles Artault ; qu’ils connaissent chacun, en particulier le dit Charles Artault pour un garçon d’une bonne conduite et de mœurs réguliers, que par conséquent l’union projetée ne peut être mieux assortie entre les deux futurs […] ». Pour finir, chacun des dénommés consent au mariage et autorise le tuteur à y consentir également.

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Ils se marièrent et eurent, à ma connaissance, 4 enfants : l’aîné, Charles Pierre, mon ancêtre direct, puis François, né le 23 octobre 1818 et décédé deux mois après « des suites de convulsions », Henriette Eugénie, née le 3 mars 1821 et décédée le 26 juillet 1824, et enfin François, né le 1er mars 1824 et décédé le 28 mai 1826.

Charles Pierre, quant à lui, est décédé en 1825. Henriette a donc perdu trois enfants et un mari en l’espace de quelques années. Ce qui avait commencé, j’imagine, comme une belle histoire d’amour se termine bien tristement…

 

Mon grand-père AURIAU prisonnier pendant la Première Guerre mondiale

Il détestait quitter son village. Les quelques années adolescentes passées au lycée Descartes à Tours ont été une torture. Alors, avoir l’âge du service militaire en pleine guerre mondiale, ça a dû être un vrai calvaire. Il n’en a jamais parlé. J’ai découvert ce moment de sa vie bien après sa mort.

Robert Jules Marie AURIAU (Sosa 6) est donc mon grand-père maternel. Né en 1897 à Faye-la-Vineuse, boulanger et fils de boulanger.

J’ai eu beaucoup de mal à retrouver sa trace parmi tous les combattants, mais à force d’obstination et de déductions, j’ai fini par trouver son registre matricule. Je savais que Faye-la-Vineuse, en Indre-et-Loire, dépendait de Châtellerault, dans la Vienne. Ça ne facilitait pas les choses, surtout que le registre de Châtellerault mentionnait bien son nom, mais aucun matricule. Je vous épargne les heures passées à faire défiler des centaines de pages sans obtenir aucun résultat. Jusqu’au moment « eurêka » où j’ai un peu mieux compris dans quelle direction chercher. J’ai fini par trouver ce registre matricule sur le site des Archives départementales de l’Indre-et-Loire.

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J’ai donc appris qu’il avait été incorporé « à compter du 9 janvier 1916 » et qu’il était soldat de 2e classe. Ce qui m’intéressait aussi, c’était la confirmation qu’il avait bien été prisonnier. En fait, la rubrique « Détail des services et mutations diverses » précise : « Disparu le 15 juillet 1918 à Moronvilliers (Marne). Prisonnier interné en Allemagne » sans autre précision, si ce n’est qu’il a été rapatrié le 11 janvier 1919, « envoyé en congé illimité de démobilisation à Faye-la-Vineuse le 23 septembre 1919 par le 32e régiment d’infanterie » et qu’un certificat de bonne conduite lui a été accordé.

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Je ne possède pour le moment que ce registre matricule et une photo d’un groupe de prisonniers, certainement en Allemagne. Au dos de cette photo-carte postale, il explique que ses camarades et lui n’auront pas droit à une « permission agricole », mais qu’il pense bien à tout le monde.

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Mon grand-père est au 2e rang, le 2e à partir de la droite, bras croisés et pas franchement le sourire !

Je vais poursuivre mes recherches et elles seront probablement plus efficaces et rapides que jusqu’à maintenant grâce à ce petit guide que je n’ai fait que parcourir, mais qui me semble très bien fait. Il est téléchargeable sur le blog Auprès de nos Racines.

L’enquête continue !

 

Françoise, fille « naturelle », ou comment passer sa vie sans nom de famille !

J’ai rencontré Françoise en remontant la lignée des Lecomte. Ma grand-mère maternelle, Marie Lecomte, était la fille de Ludovic LECOMTE (Sosa 14) et d’Augustine Françoise LAMBERT (Sosa 15). Les parents de Ludovic étaient Louis LECOMTE (Sosa 28) et Françoise Augustine ARTAULT (Sosa 29) et ce sont les parents de cette dernière qui m’intéressent. Il s’agit de Charles Pierre ARTAULT (Sosa 58), né le 23 août 1816 à Orches, dit « cabaretier » ou « cultivateur et aubergiste » à Orches, et décédé, toujours à Orches, le 15 juillet 1869.

Le 14 mai 1847, il a épousé Françoise (Sosa 59). Il avait 31 ans, et Françoise en avait 39. Elle est dite « cuisinière » sur l’acte de mariage, qui ne mentionne que son prénom et pour cause : c’est une « fille naturelle », autrement dit une enfant trouvée.

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Mention en marge de l’acte de « naissance »

J’ai son acte de naissance, daté du 20 février 1808, à Châtellerault, dont voici la transcription :

Aujourd’hui vingt février mille huit cent huit à cinq heures du soir pardevant moi Jean Claude Dubois maire et officier public de l’état civil est comparu Antoine Perlant (?), pauvre habitué à l’hospice civil de cette ville, lequel m’a présenté un enfant de sexe féminin qui m’a paru naissant, vêtu d’une culotte d’indienne violette, un mouchoir de coton violet, une brassière de vieille (…) verte (…) lange pareil. Lequel enfant ledit Perlant nous a déclaré avoir été exposé à la porte extérieure dudit hospice ce jour à une heure après midi. En conséquence moi officier public ai nommé ledit enfant Françoise et l’ai fait remettre de suite à la directrice dudit hospice. De tout quoi a été rédigé le présent procès verbal que j’ai signé pour ledit comparant m’ayant déclaré ne le savoir de ce enquis.

J’avais essayé d’en savoir un peu plus il y a bien longtemps (1982 !) et le Centre hospitalier Camille-Guérin de Châtellerault m’avait gentiment répondu en me disant que sur le registre des enfants trouvés de cette époque, il était mentionné : « Françoise, Augustine, enfant femelle naissant trouvée d’après procès-verbal d’inscription sur le registre d’état civil de cette ville le 24 février 1808 par J.C. Dubois, maire, confiée à Madeleine POUSSAULT femme de Richard TISSERAUT de Châteauneuf. » Je n’avais pas pu chercher plus loin à l’époque, mais cette semaine, j’ai demandé aux Archives départementales de la Vienne si son dossier avait été conservé. J’attends la réponse…

Sur la plupart des actes d’état civil dont je dispose, elle est mentionnée uniquement par son prénom. Il n’y a que sur l’acte de décès de sa fille, Françoise Augustine Artault, le 21 août 1885, qu’il est mentionné qu’elle est la « fille de feu Artault Charles et de feue Laurent Françoise Augustine ». Ce patronyme est également mentionné dans l’acte de décès de son mari, le 15 juillet 1869, où il est indiqué qu’il est « époux de Françoise dite Augustine Laurent »… J’imagine que vivre sans nom de famille n’était pas toujours bien commode, mais il n’a, à mon avis, rien d’officiel, il semble n’être qu’un nom d’usage ou celui de sa dernière famille d’accueil. Je le saurai peut-être un jour, grâce aux Archives départementales de la Vienne. Ou pas.

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Mention en marge de l’acte de décès

Charles et Françoise ont eu, à ma connaissance, deux enfants : un fils, Charles Pierre, né le 24 mai 1848, et mon aïeule Françoise Augustine, née le 8 février 1850. Françoise avait 42 ans à la naissance de sa fille.

Voilà donc une lignée dont je sais qu’elle ne me mènera nulle part…

 

Onze générations pour la branche AURIAU

J’ai eu la bonne idée de faire un plongeon dans la caisse d’archives que j’avais conservée de mes recherches dans les années 1980-90. J’y ai redécouvert un trésor que je n’avais pas encore eu le temps d’exploiter : un document d’une vingtaine de pages consacré à la famille Auriau. Ce document a été réalisé par les époux Bertin qui ont fait des recherches approfondies aux archives et dans plusieurs mairies. Leur travail est très sérieux et ils m’ont offert quatre générations sur un plateau, je leur en suis infiniment reconnaissante. J’ai donc repris leurs trouvailles jusqu’à ce que nos branches se séparent et pour changer un peu, je vais commencer par la plus éloignée pour arriver à mon grand-père.

Tout commence (dans les registres) avec un couple inconnu, dont le mari est un AURIAU. Il sera mon Sosa 3072. Ce couple a eu au moins deux fils : Anthonin et Vincent.

C’est la lignée d’Anthonin qui m’intéresse. Avant 1626, Anthonin AURIAU (Sosa 1536) a épousé Jacquette BOUDET à Chouppes (Vienne). On sait que ce couple a eu au moins 3 enfants entre 1626 et 1630 : Clément, Jeanne et Jean, tous nés à Chouppes.

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L’église Saint-Saturnin, à Chouppes

Leur fils Jean AURIAU (Sosa 768), né le 20 juin 1630, a épousé Louise PRETREAU (PETREAU). Jean est maître boulanger (tiens donc !) à Mirebeau jusqu’en 1657, puis sergent, puis de nouveau maître boulanger.

Jean et Louise ont eu 7 enfants, tous nés à Mirebeau : René, Marie, Bertrand, les jumeaux Martin et Étienne, Gabriel puis Charles. Marie est décédée à l’âge de 18 ans et les jumeaux n’ont vécu qu’une journée…

Charles AURIAU (Sosa 384), le petit dernier, est né le 6 juin 1674 à Mirebeau. En janvier 1705, il épouse Martine PLOU, dans la chapelle du château de Monts-sur-Guesnes. Le document que j’ai retrouvé indique qu’ils sont domiciliés sur la paroisse de Saint-Vincent de l’Oratoire, qui a été intégrée à la commune de Monts-sur-Guesnes à la Révolution. Il est compagnon charron, le seul du village. Il décède le 18 juillet 1728.

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La chapelle du château de Monts-sur-Guesnes, où se sont mariés Charles Auriau et Martine Plou. Elle date du XVIIe siècle

Le couple a eu 5 enfants, tous nés à Monts-sur-Guesnes : Charles (décédé en bas âge), Antoinette (épouse d’un marchand de Berthegon), Mathurine (épouse d’un charron et elle-même sage-femme), Joseph et Charles (cordonnier).

Leur fils Joseph AURIAU (Sosa 192) est né le 24 octobre 1709. Il a épousé Marie-Noël ORILLARD le 2 mai 1739 et l’acte le dit « maître charron et sacristain ». Joseph est décédé le 29 septembre 1763 et Marie-Noël le 7 février 1776.

Ils ont eu 8 enfants : François, Rayne-Marguerite (joli, non ?), Anne (décédée à 12 ans), Marie (décédée à 33 ans), Joseph (décédé à 4 ans), Jean (décédé à 5 ans), Jeanne (décédée à 25 ans, deux mois après son mariage avec un boulanger de Dercé) et Joseph.

Ces générations que je viens de décrire grâce au document des époux Bertin, je ne les connaissais pas. Je n’étais « remontée » que jusqu’à Joseph AURIAU (Sosa 96), né le 12 avril 1754 à Monts-sur-Guesnes, et son épouse Louise BOURGOUIN dont l’acte de décès indique qu’elle est « née en Normandie », sans autre précision… Elle serait donc la première de mes ancêtres connus à ne pas être née dans la Vienne ou en Indre-et-Loire !

Joseph était maréchal à Monts-sur-Guesnes. Je ne connais pas la date ni le lieu de son mariage avec Louise. Joseph est décédé le 30 mai 1827, à l’âge de 63 ans, et Louise est décédée le 29 juillet 1840, à l’âge de 86 ans, chez son gendre Jean Billouin.

Joseph et Louise ont eu 12 enfants : René (décédé à 14 ans), Étienne (qui était aussi maréchal à Monts-sur-Guesnes), Louise Monique, Alexandre François (décédé à 4 ans), Henry (décédé à 4 mois), Charles (décédé à 6 ans), Marie (décédée à 6 mois), Étienne, Joseph, Marie (décédée à 1 an), Pierre Emmanuel et enfin Henry. Résumons : 2 fils prénommés Étienne, 2 autres prénommés Henry et deux filles prénommées Marie…

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Pierre Emmanuel AURIAU (Sosa 48) est né le 28 novembre 1798 (16 frimaire An VII). Il est un de mes rares ancêtres à avoir trouvé sa compagne « loin », c’est-à-dire ailleurs que dans son propre village ou dans le village voisin. Il a épousé Justine AUJARD le 9 avril 1823, et Justine était originaire de Saint-Genest d’Ambière, village situé à environ 20 km de Monts-sur-Guesnes, un exploit ! L’acte de mariage le dit « tysseran », un autre acte dit « journalier ». L’acte de naissance de Justine est introuvable, c’est même mentionné sur l’acte de mariage qui indique qu’elle est née le « premier dimanche de mai 1801 ». La date correspond au 13 floréal An IX et effectivement, il n’y a rien dans les registres de Saint-Genest d’Ambière.

Après épluchage du registre des naissances de Monts-sur-Guesnes, je trouve 8 enfants nés entre 1824 et 1844 : François, Paul, Moïse Alexandre, Sidonny (?), Justine Adélaïde, Emmanuel, Pauline ou Appoline, et enfin Arcenne (une fille). J’ai de gros doutes sur les compétences orthographiques de l’officier d’état civil… ou sur son acuité auditive !

Emmanuel AURIAU (Sosa 24), né le 14 novembre 1838, est à l’origine de la mini-dynastie de boulangers. Il a épousé une couturière de Faye-la-Vineuse, Séraphine BONNEAU, le 6 novembre 1865. Leur fils Jules (Sosa 12) a repris la boulangerie, puis ce fut au tour de mon grand-père Robert (Sosa 6), mais j’en ai déjà parlé ici et ici.

Prochaine mission : retrouver Louise Bourgouin quelque part en Normandie !

Récapitulatif :

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Ludovic Léopold Eugène LECOMTE & Françoise Augustine LAMBERT

Ce sont les parents de ma grand-mère maternelle.

Ludovic Lecomte (n° 14) est né le 23 avril 1871 à Sérigny, petit village de la Vienne à quelques kilomètres de Faye-la-Vineuse, dans une famille de petits propriétaires.

Françoise Lambert (n° 15) est née le 10 avril 1872 à Saint-Christophe, également dans la Vienne. Elle est aussi issue d’une famille de petits propriétaires.

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Ludovic Lecomte

Les deux sont d’un milieu un peu plus aisé que la branche Degenne/Guérin. J’ai plusieurs actes notariés que mon grand-père Auriau avait sagement conservés, qui montrent que les visites chez le notaire étaient assez fréquentes, que les oncles célibataires ou sans enfants léguaient leurs biens à leurs neveux, qu’on achetait de temps en temps un « labour », qu’on établissait des contrats de mariage, etc. Je n’ai pas encore épluché tous ces actes notariés, dès que ce sera fait, je les remettrai aux archives départementales.

Ludovic et Françoise se sont mariés à Saint-Christophe le 2 juin 1896 et bien entendu, un contrat de mariage a été dressé par Maître Rouffignac, notaire à Saint-Gervais-les-Trois-Clochers.

Les témoins à leur mariage étaient Charles Artault, propriétaire, 48 ans, domicilié à Orches, oncle de l’époux ; Charles Labauge, cultivateur, 47 ans, domicilié à Saint-Gervais, cousin de l’époux ; Auguste Lambert, propriétaire cultivateur, 47 ans, domicilié à Razines (37), oncle de l’épouse et Jules Legrand, propriétaire, 55 ans, domicilié à Marigny-Brizay (86), cousin de l’épouse.

Tout le monde a pu signer l’acte de mariage, sauf la mère de l’épouse, Rose Billouin.

Ludovic et Françoise ont eu deux enfants : Roger est né le 5 février 1898, il a vécu dans la maison familiale, sur la place, jusqu’à son décès. Sa sœur Marie, ma grand-mère, est née le 10 juillet 1901.

Jusqu’à maintenant, j’ai évoqué mes grands-parents et mes arrière-grands-parents. Les prochains billets porteront vraisemblablement sur les « lignées ». Certaines sont riches, d’autres bloquent encore. À suivre…

 

Jules Paul Léon AURIAU & Noémie JOUTEUX

Je poursuis avec la génération de mes arrière-grands-parents, ici de la branche maternelle.

Jules Paul Léon Auriau (n° 12) est né le 8 mars 1868 à Faye-la-Vineuse. Il est mort, toujours à Faye, le 19 août 1933. Il était boulanger, comme l’avait été son père, comme le sera son fils aîné et comme le seront deux de ses petits-fils…

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Jules Auriau

Noémie Jouteux (n° 13) est née à Sérigny, le 29 septembre 1874. C’est l’imposante matrone qu’on voit sur la photo de mariage de son fils Robert. Elle est décédée le 23 mai 1950 à Faye-la-Vineuse. Elle a laissé des souvenirs impérissables à ses petits-enfants. Il ne fallait pas contrarier « grand-mère Noémie », surtout quand elle avait mal à la tête, et c’était souvent.

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Noémie Jouteux

Jules et Noémie se sont mariés à Faye-la-Vineuse le 1er juillet 1895. Un contrat de mariage a été passé chez Maître Pierre Rouffignac, notaire à Saint-Gervais-les-Trois-Clochers, dans la Vienne, le 28 juin 1895.

Les témoins aux mariages ouvrent souvent des pistes de recherche, font apparaître des liens de parenté et confirment, ou pas, des hypothèses. Pour celui-ci, ils m’ont permis de découvrir que Noémie avait deux grands-pères Jouteux, je savais donc que ses parents étaient vraisemblablement cousins.

Les témoins : Jean Bonneau (on n’oserait plus, aujourd’hui…), 58 ans, cultivateur à Faye-la-Vineuse, oncle du marié ; Paul Auriau, 40 ans, boulanger (tiens, tiens) à Vouvray, cousin du marié ; Louis Jouteux, 71 ans, propriétaire à La Haye-Descartes, grand-père de la mariée ; Médéric Jouteux, 66 ans, propriétaire à La Chapelle-Blanche-Saint-Martin, grand-père de la mariée.

Ici, j’ai le sentiment de découvrir un autre univers que celui de ma branche paternelle. Du côté des Auriau/Lecomte/Jouteux, on a des biens, on établit des contrats de mariage, on va souvent chez le notaire, pour un héritage, une donation, bref l’argent est une constante. Celui qu’on a. Dans la branche paternelle, c’est surtout celui qu’on n’a pas qui est une constante…

Le 29 novembre 1925, Jules et Noémie cèdent leur fonds de commerce à mes grands-parents pour une somme de 6 000 francs.

Pour me faire une idée, je suis allée convertir ces anciens francs de 1925 en euros de 2015. Et là, l’INSEE me dit : « Compte tenu de l’érosion monétaire due à l’inflation, le pouvoir d’achat de 6 000,00 anciens francs en 1925 est donc le même que celui de 5 029,64 euros en 2015. » Étonnant, non ?

Robert Jules Marie AURIAU et Marie Augustine LECOMTE

Les principaux lieux de la Vienne où a vécu une bonne partie de ma famille Degenne sont tous situés à faible distance de Châtellerault, côté est. Faisons quelques kilomètres à l’opposé, en direction de Richelieu, en suivant cette interminable ligne droite qui monte et qui descend sans cesse. Un peu avant Richelieu, quittons cette départementale pour prendre, sur la gauche, une toute petite route qui monte jusqu’à une butte dominée d’un côté par le château d’eau et de l’autre par le clocher de la collégiale Saint-Georges. Tous deux sont très visibles des alentours et ils sont gravés à jamais dans ma mémoire.

Nous ne sommes plus dans la Vienne, mais dans l’Indre-et-Loire, à Faye-la-Vineuse, un petit village à la riche histoire, qui, au Moyen Âge, était une cité fortifiée comptant environ dix mille personnes intra et extra muros, c’était en effet la cité la plus importante de la région avant que Richelieu ne fût construite. (source : Wikipédia)

C’est donc à Faye-la-Vineuse que Robert Jules Marie AURIAU (n° 6), mon grand-père maternel, a vu le jour, le 21 mai 1897. Il est l’aîné de trois enfants du couple formé par Jules Paul Léon (on ne plaisante pas avec les prénoms dans cette famille !) et Noémie JOUTEUX. Après lui, naîtront France Jules Marie (un garçon, malgré ces prénoms) le 17 juillet 1904, et Paulette Simone Marie, le 21 septembre 1900.

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Robert Auriau à Faye-la-Vineuse dans les années 20

J’ai appris après sa mort qu’il avait « fait » la guerre de 14-18 et été prisonnier. En témoigne une carte postale adressée à sa famille et montrant un groupe de soldats. Il n’en parlait jamais. Ça a dû lui coûter de partir de son village, car une de ses caractéristiques était ce refus presque viscéral de quitter son clocher. Excepté quelques années passées à l’internat du lycée Descartes, à Tours, dont il ne gardait pas un bon souvenir, et cette fameuse période militaire, mon grand-père a toujours refusé de quitter Faye, même pour le mariage de son plus jeune fils dans les Vosges !

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Marie Lecomte en 1979

Je l’ai connu alors qu’il était retraité, mais je sais que c’était un boulanger assez atypique. Il était très cultivé, poète à ses heures, grand lecteur, bon chasseur, détestant les « bondieuseries », autoritaire aussi (mais pas avec ses petits-enfants). En 1920, à je ne sais quelle occasion, il a rencontré et commencé à courtiser la jeune et jolie Marie Augustine LECOMTE (n°7), du village voisin de Sérigny. Cette cour a duré un an et il racontait, le sourire aux lèvres, que Marie lui avait coûté une cinquantaine de poulets ! En effet, pendant un an, chaque dimanche, il allait déjeuner chez les Lecomte et apportait un poulet. Il faut croire que ça a marché puisque le 20 septembre 1921, à Sérigny, il a pu épouser « sa » Marie, elle avait 20 ans.

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Mariage de Robert Auriau et Marie Lecomte – 1921

Six enfants sont nés de cette union : cinq garçons et une fille. Et les cinq garçons, dans le parfait respect de la tradition, ont reçu chacun trois prénoms : Pierre Marie Robert, né le 21 juin 1922, Jean Marie Paul, né le 13 février 1924, Paul Louis Marie, né le 19 mai 1926, André Jules Marie, né le 10 février 1929 et Jacques Marie Ludovic, né le 13 décembre 1941. Entre André et Jacques, une fille est née, le 23 juillet 1931, dont le choix de prénoms a fait l’objet d’une passe d’armes entre ma grand-mère Marie et sa belle-mère Noémie (la plantureuse femme qui se trouve à la droite du marié). En effet, la jeune sœur de mon grand-père, Paulette, est décédée le 7 octobre 1929 et la grand-mère Noémie voulait absolument que Paulette soit le premier prénom de ma mère. Mais ma grand-mère voulait que ce soit Marie-Thérèse. Finalement, un arrangement a été trouvé : ma mère s’appellerait Paulette Marie-Thérèse et c’est son second prénom qui serait le prénom usuel.

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La famille au grand complet !

Robert et Marie ont hérité le 29 novembre 1925 de la boulangerie tenue par les parents de Robert à Faye-la-Vineuse. Il m’a été raconté que les déjeuners rassemblaient une très grande tablée : les parents, leurs six enfants, les commis de boulangerie, la couturière, la cuisinière, le facteur et j’en passe !

Ils étaient connus à des lieues à la ronde, la foule aux obsèques de mon grand-père, décédé le 12 avril 1973 à Tours, était vraiment impressionnante pour un si petit village.

Ma grand-mère lui a survécu jusqu’en avril 1999, elle avait 98 ans !