Au fil des registres, à Faye-la-Vineuse, au XVIIe siècle

Récemment, j’ai fait des recherches pour un mariage qui a eu lieu à Faye-la-Vineuse en 1684. Il y avait à l’époque trois paroisses : Saint-Jouin, Saint-Pierre de Marnay et Saint-Georges (la collégiale !). Ne sachant où résidait la jeune épousée, j’ai dû feuilleter virtuellement plusieurs registres et j’ai trouvé quelques pépites, j’ai décidé de les feuilleter attentivement, mais en me limitant aux tout premiers registres disponibles.

Le tout premier acte du tout premier registre présent dans les archives numérisées par les Archives départementales d’Indre-et-Loire concerne la paroisse Saint-Georges et date du 22 février 1621 ! Presque 400 ans… Je sais qu’il existe des registres et des écrits beaucoup plus anciens, mais ça m’émerveille quand même.

PremierActe-1621-Faye

Premier acte du premier registre, du 22 février 1621

Rien d’autre ne sort vraiment de l’ordinaire dans ce registre, si ce n’est une annotation : « Victoire sur les huguenots », dans la marge, en date du 24 juillet 1621. Ce n’est pas un acte, mais un court texte que d’aimables et très compétents paléographes ont eu la gentillesse de transcrire pour moi :

« Le XXIIIIiesme jour de juillet mil six cent vingt
ung par la grasce de Dieu, N(ost)re Roy très
chrestien Roy de France à qui Dieu luy donne
bonne vye et longue, a eu victoire contre
noz ennemys les Husguenotz et premierement après
la ville Sainct Jehan d’Angelicq et peu après
les austres villes de la Religion qui luy
estois rebelles / D’oncq Dieu il en fault louer. »

La ville de Saint-Jean-d’Angély étant « tombée » le 24 juin 1621, il aura donc fallu un mois pour que la nouvelle parvienne à notre curé. Curé dont je comprends un peu mieux l’enthousiasme pour cette « victoire » quand je lis, dans un document non référencé : « Dans la ville de Faye est une antienne et belle eglise collegialle qui fut ruinée par les hugenotz l’an 1569 ».

VictoireSurLesHuguenots

La victoire sur les huguenots

Dans un autre registre, celui qui couvre 1676-1700, on trouve un superbe « mortuage » qui concerne les décès, de même que « mariage » concerne les unions. En revanche, je n’ai pas trouvé d’équivalent pour les baptêmes ! Étonnant, mais assez logique !

Mortuage.PNG

L’étonnant « mortuage »

Et à la vue 42, un exemple de belles signatures, de styles différents !

PageSignatures

Il y en a pour tous les goûts, avec quelques belles « ruches »

Dans le registre qui couvre les baptêmes de 1671 à 1703 et les mariages et décès de 1676 à 1703, j’ai ri en lisant la « note à moi-même » du curé, à la vue 36. Il « prie monsieur Gouin [de] lui envoyer un bon dictionnaire » ! J’aurais bien voulu savoir quel dictionnaire monsieur Gouin lui a fait parvenir…

Dictionnaire

J’y apprends également qu’un certain Jacques Texier fut « assassiné à coups de couteau » le 10 décembre 1693… C’est moins amusant, c’est même assez glaçant.

Faye-Assassine-CoupsdeCouteau-1693

Ce bon curé, dénommé Martin Bureau, décède le 22 mars 1697, il est inhumé « devant la chapelle de St Nicolas ». Il écrivait correctement (c’est-à-dire que je suis capable de le lire), contrairement à beaucoup d’autres prêtres. Je craignais la suite, mais finalement, son successeur, J. Gilles, se débrouille bien aussi.

DecesBureau-Cure-Faye

D’ailleurs, il aura l’occasion, le 1er octobre 1700, d’enterrer « Radegonde ditte la cracochonne », veuve d’un certain Aubry. Pas de patronyme, ils ne devaient pas faire partie des notables…

Cracochonne

Un autre acte de décès donne des indications très précises de la sépulture d’une « honorable » dame, que je retranscris au mieux : « L’onzieme feuvrier mil sept cens un honorable Catherine Le Bas veufve du plessis mourus en sa soixante seizieme annee et fut enterree par le chapitre à Saint Jouin environ six a sept pieds audela du balustre au milieu de leglise vis a vis le grand autel ».

Faye-Inhumation-Detail-1701

Je penserai à elle la prochaine fois que je rentrerai dans la collégiale…

Pour en finir avec ce florilège, j’ai trouvé un centenaire, malheureusement sans noter exactement dans quel registre ni à quelle date. Il s’agit de Jacques Beauvillain, sergent royal.

Faye-Beauvillain-Centenaire-1692

Il avait même « plus de 100 ans » !

Je me suis arrêtée là, il reste encore beaucoup de registres à feuilleter, et certains contiennent probablement d’autres passages insolites.

Sources :

1/ https://archives.touraine.fr/ark:/37621/xl1n0cwb2vr3/f78c1b98-f1f3-4230-94e2-d4d7bd0c67e3

2/ https://archives.touraine.fr/ark:/37621/27q3jhr859n1

3/ https://archives.touraine.fr/ark:/37621/r14c9m56wn0l/8f364083-2860-49ca-9bea-a72bac33cb27

4/ https://archives.touraine.fr/ark:/37621/27q3jhr859n1/4df415ad-f17e-44de-9e28-e5faeecb09d8

Pour en savoir plus :

Lieux de Faye-la-Vineuse : https://lieuxditsdetouraine.blogspot.com/search/label/Faye-la-Vineuse

Histoire succincte de Faye-la-Vineuse : http://www.litteratur.fr/communes-de-touraine/faye-la-vineuse/

 

Une jumelle par an chez les CHARLES

Pour compléter la fratrie de Brigite CHARLES (sosa 43), épouse de Silvain RÉAU (sosa 42), je me suis plongée dans les registres d’état civil de La Roche Posay et de Leigné-les-Bois. Je ne pensais pas y trouver 9 frères et sœurs, et encore moins des jumelles.

Les parents de Brigite sont Jacques CHARLES (sosa 86) et Marie CHAUSSEBOURG (sosa 87). Ils se sont mariés le 5 février 1810 à La Roche Posay où sont nés leurs premiers enfants : Marie le 24 décembre 1810, Jacques le 18 février 1813 (décédé le 23 avril de la même année), Benjamin le 31 mars 1814 et Anne le 28 mai 1816.

La famille déménage ensuite à Leigné-les-Bois où suivent 6 naissances : Brigite le 1er janvier 1819, sosa 43, Estasie (sic) le 25 avril 1822, Rose le 4 mars 1824, Geneviève le 31 décembre 1829, Joséphine le 1er janvier 1830 et enfin Élise le 6 novembre 1832.

Ce sont Geneviève et Joséphine qui m’ont intéressée. Le dernier acte de 1829 est celui de la naissance de Geneviève, il précise qu’elle est née à 5 heures du matin.

J’ouvre le registre suivant, et le premier acte de 1830 est celui de la naissance de Joséphine, à 4 heures du matin.

Je vérifie rapidement que les parents sont bien les mêmes, on ne sait jamais, c’est bien le cas.

Pour résumer, nous avons donc 2 petites filles, nées à 23 heures d’intervalle, mais pas la même année, ni la même décennie, et qui ne sont donc pas inscrites sur le même registre !

Malheureusement, mes recherches pour savoir si elles avaient survécu et si oui, ce qu’elles étaient devenues, n’ont pas abouti.

Pour compléter le tableau, l’heureux papa, Jacques CHARLES, avait environ 42 ans, et Marie CHAUSSEBOURG son épouse en avait environ 39. Il était laboureur et avait une douzaine de bouches à nourrir…

C’était la minute « naissances insolites » !

Le mystère du « hibou américain » est résolu !

J’avais publié l’article à propos de « Pierre hibou américain » sur Twitter, et plusieurs généalogistes m’ont donné un superbe coup de main, très apprécié, pour tenter de résoudre cette énigme ! Je les en remercie vivement.

Sur l’acte de baptême qui illustrait l’article précédent, si le curé avait respecté les règles orthotypographiques actuelles, il aurait écrit : « Pierre Hibou, Américain » et ça aurait fait sens, sans pour autant résoudre complètement l’affaire, car que pouvait bien faire un Américain en 1736 à Pleumartin ?

Pour commencer, D’ors et d’arts a trouvé l’acte de décès du petit Philippe André, mort en juillet 1738 « âgé de deux ans environ », ainsi que l’acte de baptême d’un autre garçon, Laurent Pierre, né le 10 mai 1734, dont le père est nommé « Pierre hibeau américain ». Toujours l’orthographe, monsieur le curé !

BaptemeLaurentPierreHibou-Pleumartin-10mai1734

Acte de baptême de Laurent Pierre, 1734

Et puis aussi l’acte de mariage des parents, où on voit la signature de Pierre : « Pierre nègre américain », à côté de celles de membres de la famille du marquis de Pleumartin.

MariagePierreHibou1733

Acte de mariage de Pierre et de Louise Blanchard (le Deslandes est une erreur), 17 février 1733

Pierre venait donc bien d’Amérique, il avait probablement été ramené par une expédition. Le fait que ce soit un Noir, peut-être un ancien esclave, rend sa présence dans la Vienne encore plus étonnante. Toutes les questions que je me posais sur cette présence, ce mariage, l’origine de son nom, les signatures sur l’acte de mariage, etc. ont trouvé leur réponse dans ce passionnant article des Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest (ABPO) rédigé par Sébastien Jahan, maître de conférences en histoire moderne à l’université de Poitiers, et intitulé Les Noirs en Haut-Poitou au XVIIIe siècle, qui m’a été fourni par D’ors et d’arts. J’y ai appris, entre autres, que ces années-là, il y avait 3 Noirs répertoriés en Poitou, le Pierre qui nous intéresse, un dénommé Thomas Ismaël qui accompagnait un régiment irlandais et une jeune femme, Louise Thisbée, vraisemblablement ramenée de Saint-Domingue par un colon châtelleraudais revenu mourir sur ses terres natales.

Pour lire cet article, c’est ICI. Il est très complet, ne vous privez pas de cette lecture !

Je n’ai pas réussi à trouver l’acte de décès de Pierre, certaines pages des registres de Pleumartin pour l’époque sont en très mauvais état. Louise, son épouse, est décédée en 1747. Elle est appelée Deslandes (comme dans l’acte de mariage où il est précisé que c’est une erreur), mais elle est dite « veuve de Pierre Hibault », donc on peut penser que c’est bien elle. A priori, ce couple n’a pas eu de descendance…

DecesLouiseDeslandesVvePierreHibault-14-12-1747-Pleumartin

Acte de décès de Louise Blanchard, veuve de Pierre Hibault. 1747

J’ai peut-être un autre mystère en réserve, à mon avis bien plus épais, alors… à bientôt !

Mystère : le « hibou américain » !

C’est au détour d’une recherche, il y a quelques semaines, dans les registres paroissiaux en ligne des Archives départementales de la Vienne, que je suis tombée sur cet acte. C’est incroyable ce qui peut accrocher l’œil quand on lit en diagonale !

Il s’agit d’un acte de baptême du 18 novembre 1736, sur le registre paroissial de Pleumartin. Le baptisé est Philippe André, dit « fils de Pierre hibou américain » et de Louise Bélangeard. Si je déchiffre bien, les parrain et marraine sont André Pinot et Magdelene Gilberton, ce qui ne m’avance pas. Je n’ai pas trouvé Louise, mais seulement deux occurrences de « Bélangeard » sur Généanet, à Pleumartin également et rien sur Filae…

HibouAmericain-Pleumartin-18111736-Bapteme48

On peut tout imaginer : un père facétieux qui veut jouer un tour au curé du village, une profession itinérante (forain, colporteur, etc.), un vin de messe un peu trop fort, une ouïe défaillante, tout est possible ! Mais plus sérieusement, je pense aussi que ce Pierre pourrait fort bien avoir été ramené d’une expédition en Amérique par un explorateur ou un marchand. Faute de trouver d’autres documents, cette hypothèse me semble difficile à confirmer.

Bien que ce Pierre ne soit vraisemblablement pas de notre famille, cet acte de baptême a été établi à Pleumartin, d’où ma curiosité.

Tout ce qui permettrait d’éclaircir cette histoire de hibou est bienvenu !